“La France avait besoin d’entendre directement la voix d’un pasteur qui vit quotidiennement aux côtés des populations de Terre Sainte.” C’est par ces mots que Mgr Hugues de Woillemont, Directeur Général de L’Œuvre d’Orient, a résumé la portée de la visite officielle en France de Sa Béatitude le Cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche Latin de Jérusalem, du 8 au 14 juin 2026.
Plus qu’une succession de rencontres diplomatiques et de célébrations liturgiques, cette visite a offert aux responsables politiques français, aux représentants de l’Église et à des milliers de fidèles l’occasion de découvrir la réalité vivante de l’Église de Jérusalem à travers la voix de son pasteur.
Accompagné de Mgr William Shomali, Evêque Auxiliaire et Vicaire Patriarcal pour Jérusalem et la Palestine, ainsi que du Père Davide Meli, Chancelier du Patriarcat Latin, le Cardinal Pizzaballa a rencontré des responsables ecclésiastiques, des autorités civiles françaises et de nombreux fidèles, portant avec lui le témoignage concret des chrétiens de Terre Sainte.
Invité conjointement par L’Œuvre d’Orient et le sanctuaire de Paray-le-Monial, où il a présidé la fête du Sacré-Cœur sous le thème “Jérusalem, première ville du Cœur de Jésus”, le Patriarche a permis à la France d’entendre directement le témoignage d’un pasteur qui accompagne chaque jour les populations de Terre Sainte.
Comme l’a souligné Mgr de Woillemont : “La France avait besoin d’entendre directement la voix d’un pasteur qui vit quotidiennement aux côtés des populations de Terre Sainte.” Depuis le début du conflit actuel, nombreux sont ceux qui s’expriment sur la région, mais rares sont ceux qui peuvent offrir la profondeur humaine, spirituelle et pastorale du Patriarche Latin, dont le ministère s’étend à Jérusalem, Gaza, la Cisjordanie, Israël et la Jordanie.
Cet article s’appuie sur un entretien exclusif accordé par Mgr Hugues de Woillemont, ainsi que sur la couverture de la visite du Cardinal Pizzaballa en France. L’intégralité de l’entretien peut être consultée ici.
Une distinction pour son engagement en faveur du dialogue
L’un des temps forts de cette visite a été la réception du Cardinal Pizzaballa au palais de l’Élysée, où le Président Emmanuel Macron lui a remis les insignes de chevalier de la Légion d’honneur en reconnaissance de son engagement en faveur du dialogue, de la justice et de la coexistence pacifique en Terre Sainte.
Le Patriarche a souligné que cette distinction dépassait sa personne pour honorer également les populations de Terre Sainte ainsi que les institutions françaises qui servent les plus vulnérables à travers les hôpitaux, les écoles et les œuvres sociales.
Le Président Macron a réaffirmé l’engagement de la France à soutenir les communautés chrétiennes de Terre Sainte, à préserver leur présence, à sauvegarder le Statu quo des Lieux Saints et à poursuivre les efforts humanitaires, en particulier à Gaza.

Le président Emmanuel Macron remet au Patriarche latin de Jérusalem les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.
Dialogue sur l’avenir de la Terre Sainte
Au cours de son séjour, le Cardinal Pizzaballa a rencontré le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, ainsi que les membres du Conseil permanent de la Conférence des Evêques de France. Ces rencontres ont permis d’obtenir des informations de première main sur la situation de l’Église et de la population de Terre Sainte, alors que la France poursuit ses efforts diplomatiques et se prépare à d’importantes discussions internationales.
Pour Mgr Hugues de Woillemont, cette visite a mis en lumière une réalité souvent négligée : la mission des chrétiens de Terre Sainte va bien au-delà de l’aide humanitaire.
“Elle consiste aussi à demeurer sur cette terre, à faire vivre les institutions éducatives, sociales et ecclésiales, et à continuer d’être des artisans de dialogue et de paix”, a-t-il expliqué.
“Les chrétiens sont souvent évoqués lorsqu’ils sont menacés, mais beaucoup moins lorsqu’ils continuent à vivre, à enseigner, à soigner, à prier et à servir leurs communautés.”

Le cardinal Pizzaballa rencontre des représentants de l’enseignement catholique au siège de la Direction diocésaine de l’enseignement catholique à Paris, le 10 juin 2026.
Jérusalem au cœur de la France
À Paray-le-Monial, le Cardinal Pizzaballa a présidé la fête du Sacré-Cœur. Ce lieu, associé aux apparitions du Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, a permis aux pèlerins de renouer cette dévotion avec sa source à Jérusalem, où le Christ a révélé la plénitude de l’amour divin à travers sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.
Il a invité les fidèles à contempler le Cœur du Christ non comme une simple dévotion privée, mais comme la source même de la vie chrétienne. Il a rappelé que l’initiative appartient toujours à Dieu :
“La vie du monde ne dépend pas d’abord de nos efforts, mais de l’amour de Dieu qui nous soutient. Nous ne devenons des bâtisseurs d’amour que dans la mesure où nous répondons à cet amour.”
Il a également évoqué Gethsémani comme le lieu où l’amour devient décision, où le Christ accueille pleinement la volonté du Père, rappelant aux croyants que la vie de disciple naît de l’écoute, de la confiance et de l’obéissance.
Dans cette perspective, le pardon ne s’oppose jamais à la justice, il en constitue au contraire l’une des expressions les plus élevées. Les chrétiens sont appelés à défendre la vérité, la dignité et la vie, tout en résistant à toute logique de haine ou d’exclusion.

Le cardinal Pizzaballa prononce l’homélie lors de la messe de la solennité du Sacré-Cœur de Jésus.
Mgr de Woillemont a souligné la cohérence du message porté par le Patriarche tout au long de la semaine : regarder la réalité en face sans déshumaniser l’autre et croire que la réconciliation demeure possible.
“Le Cardinal Pizzaballa ne minimise pas la souffrance et n’élude pas les difficultés”, a-t-il déclaré, “mais il refuse de considérer la réconciliation comme impossible.”
Selon lui, les chrétiens de Terre Sainte sont appelés non seulement à supporter les épreuves, mais aussi à demeurer, à éduquer, à servir et à préserver des espaces de rencontre.
“L’avenir de la Terre Sainte dépendra de la reconstruction de la confiance, de l’éducation des jeunes générations et du maintien d’espaces ouverts à la rencontre.”
Un appel commun à garder le cœur ouvert
Ce n’est pas un hasard si cette visite s’est achevée à Paray-le-Monial.
“Entre Jérusalem et Paray, il existe un même appel à garder le cœur ouvert”, a souligné Mgr de Woillemont.
À travers ses rencontres avec les responsables politiques, les représentants de l’Église et les pèlerins réunis dans la prière, le Cardinal Pizzaballa a présenté l’Église de Jérusalem non seulement comme une communauté éprouvée par les difficultés, mais aussi comme un témoin vivant appelé à proclamer la dignité de toute personne humaine, à préserver la possibilité de la communion et à rendre présent l’amour du Christ sur une terre encore marquée par les divisions et les conflits.

