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Méditation du Patriarche Pizzaballa: XIX dimanche du Temps Ordinaire, année A

 9 août 2020 

XIX dimanche du Temps Ordinaire, année A 

Pour entrer dans le passage de l'Évangile d'aujourd'hui (Mt 14, 22-33), il est bon d’avoir à l'esprit une double perspective. 

La première est l'Exode, qui sert de fond au chapitre 14 de Matthieu, que nous avons commencé à lire dimanche dernier, avec le miracle de la multiplication des pains et des poissons. 

De nombreux éléments rapprochent les deux passages bibliques : On y retrouve dans les deux le désert, où les gens marchent, où ils connaissent la faim et le manque de nourriture, mais aussi la providence de Dieu qui nourrit ses enfants. 

Et aujourd'hui, nous trouvons aussi l'élément de la mer, qui dans l'Exode représente le premier obstacle à la libération de l'Egypte et la possibilité qui en résulte finalement de conclure l'Alliance et d'entrer dans la Terre Promise, tandis que dans Matthieu 14, il représente un obstacle pour les disciples, auxquels Jésus a ordonné de le précéder sur l'autre rive. La mer est agitée, et le vent fort repousse le bateau, empêchant les disciples d'atteindre leur but. 

Il y a une différence : dans l'Exode, Moïse, obéissant au commandement de Dieu, ouvre la mer, afin que le peuple puisse marcher à pied sec. Ce geste sera répété par d'autres prophètes : dans le deuxième livre des Rois, par exemple, le prophète Élie ouvrira un passage dans le fleuve Jourdain (2 Rois 2,8), afin que lui et son disciple Élisée puissent marcher à pied sec. 

Jésus, Lui, n'ouvre pas la mer, mais la traverse (Mt 14, 25), c'est-à-dire qu'il la domine, il en est le Seigneur. 

Et cela ne concerne pas seulement Lui : même les disciples, et dans ce cas présent, Pierre, peuvent faire de même. Non pas du fait de leur propre vertu, comme nous le verrons, mais en obéissance à Celui qui les appelle à participer à Son propre pouvoir. 

Nous pouvons tirer la seconde perspective des évangiles des derniers dimanches : les paraboles du trésor et de la perle, en effet, nous ont fait comprendre que le Royaume de Dieu est là lorsque nous sommes capables de trouver, de découvrir ce qui est caché, ce qui n'apparaît pas à la surface. Dimanche dernier, ce trésor était caché dans quelques pains et deux poissons, que quelqu'un a mis à notre disposition et qui, apportés à Jésus, sont devenus capables de nourrir en abondance une foule immense. 

Il en est de même aujourd’hui, Jésus marche sur l'eau, et les disciples sont invités à le regarder attentivement. Au début, ils pensent que c'est un fantôme, tant ce qu’ils voient semble improbable. Mais ensuite, ils vont plus loin. 

Ils associent cette marche sur le lac avec la Parole que Jésus prononce et qui révèle qui est vraiment cet homme : « C'est moi » (Mt 14, 27) ; la peur cesse et laisse place à l'étonnement, à la confiance, et enfin à l'audace de Pierre, qui sent qu'il peut lui aussi marcher sur la mer. 

Pierre, en réalité, est le protagoniste de ce passage : seul l'évangéliste Matthieu nous raconte ce détail important, qui voit Pierre descendre de la barque, marcher sur les eaux en direction de Jésus, puis risquer de s’enfoncer ... 

Et c'est peut-être ce que l'évangéliste veut nous faire comprendre. 

Pierre, comme nous le disions, ne fait pas tout cela grâce à ses capacités : la force de Pierre réside entièrement dans sa relation avec Jésus, dans le dialogue qu'il a avec lui, dans son regard capable de voir en Jésus le Seigneur victorieux du mal et de la mort. En un mot, dans sa foi. 

La mer n'est pas éliminée, et il n'est pas possible de marcher sur la terre ferme. Il faut faire face à la violence des vagues et du vent, qui accompagnent toujours chaque traversée, c'est-à-dire toute la vie du disciple. 

Lorsque cette foi est brisée, l'homme se retrouve seul face à la puissance du mal, il est abandonné à ses propres forces, et il fait l'expérience de leur insuffisance et de leur inadaptation. 

C'est aussi une expérience quotidienne, qui accompagne chacune de nos traversées. 

Mais ce n’est pas tout : c'est là, en effet, que naît la vraie prière, celle qui se confie sans réserve au Seigneur : « Seigneur, sauve-moi » (Mt 14, 30). Et Matthieu dit qu'aussitôt Jésus étend la main et saisit Pierre. 

Peut-être que ce n'est que lorsque nous voyons la mort en face, lorsque la peur nous prend la vie, que notre cri s'élève dans toute sa vérité. 

Et à ce moment-là, d'une manière nouvelle, nous faisons l'expérience que le Seigneur nous sauve vraiment. 

+Pierbattista