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Méditation du Patriarche Pizzaballa: IV dimanche de Pâques, année A

3 mai 2020 

IV dimanche de Pâques, année 

La figure du bon pasteur, que nous trouvons dans ce chapitre dix de l'Evangile de Jean, est très riche et très éloquente. 

En effet, Jésus ne se compare pas seulement au « bon pasteur », une figure qui renvoie à différents passages de l'Ancien Testament ; mais il se compare aussi à la porte, et il utilise à plusieurs reprises l’image en référence également au berger, qui entre dans la clôture par la porte. 

Voyons tout d'abord cet aspect (Jean 10, 1-3). 

La porte est ce qui crée une communication, un passage entre deux endroits qui autrement resteraient isolés l'un de l'autre. Et c'est l'image de la réalité humaine après la chute, après le drame du péché : l'humanité était devenue inaccessible, loin de Dieu, ayant son monde à elle, incapable de communiquer avec le monde de Dieu ; incapable d'écouter. 

Le verset 6 parle précisément de cela : « Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. » Jésus parle, mais celui qui l’écoute ne comprend pas, il est comme enfermé dans une clôture où rien ne peut entrer, rien ne peut passer au travers. Il manque la porte. 

Jésus entre dans cette enceinte fermée par son Incarnation et sa Pâque. 

Il ne reste pas à l’extérieur de la bergerie, il ne rentre pas non plus par un autre endroit : il devient l'un des nôtres, il entre légitimement dans le monde des hommes, il assume notre histoire, notre blessure. Jésus rouvre la porte. 

Et précisément parce qu'il fait cela, Il devient lui-même la porte : c'est-à-dire qu'il devient cette nouvelle possibilité, offerte à l'homme, de sortir de lui-même, d'aller au-delà de la mort. Car sans cette porte, qui est Jésus, la seule façon de sortir de la clôture était de mourir. 

La mort, en effet, s'était fait passer pour une alternative au berger, et l'homme l'avait écoutée, l'avait suivie. Le Psaume 49 (48) décrit bien la situation de l'homme qui a la mort comme « berger » (v. 15) : c'est la condition de ceux qui ont confiance en eux-mêmes, c'est-à-dire ceux qui ne connaissent personne d’autre à qui faire confiance, personne d’autre à écouter sinon eux-mêmes. Pour ceux-là, dit le psaume, il ne restera plus rien, car la mort est ce voleur, ce bandit qui est venu pour « voler, égorger, faire périr » (Jn 10, 8). Il vole la vie de l'homme, et le conduit avec elle, au néant éternel. 

Jésus, quand il entre dans la clôture de l'humanité vouée à la mort, en affrontant lui-même la mort, y apporte la vie : l'homme n'est plus enfermé au sein de la clôture, mais il est libre d'entrer et il est libre de sortir. En effet, Jésus dit : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. » (Jn 10, 9). 

L'homme a donc maintenant une autre porte, qui ne donne pas sur la mort, mais sur la vie, sur la Vie même de Dieu. 

Pour cela et seulement pour cela, Jésus est le bon berger, non seulement parce qu'il entre, mais aussi parce qu'il sort, et parce que, en sortant, il emmène l'humanité avec lui. Nous pourrions dire que par son incarnation, Jésus entre dans la clôture de l'humanité, et avec sa Pâque, il fait sortir les brebis, les conduit au-delà, leur ouvre une porte vers la vie. 

Mais comment est-il possible de le suivre ? Que signifie entrer par la porte qu'Il est lui-même devenu, le suivre en tant que berger ? Comment pouvons-nous être libres d'entrer et de sortir par cette porte ? 

La porte qui nous donne accès à tout cela est le Baptême, notre immersion dans la Vie même du Seigneur. 

Il s'agit donc de vivre la vie du Baptême, ce que signifie le Baptême, c'est-à-dire être immergé dans la Mort et la Vie de Jésus. 

Il n'y a pas d'autre porte que celle-ci, continuellement immergée dans la Pâque, laissant mourir ce qui est ancien, afin que renaisse l'humanité nouvelle, celle faite à l'image du Seigneur, à nouveau capable, par la grâce, d'écouter Sa voix, de dialoguer avec Lui, d'obéir à son désir de Vie pour tous. 

+Pierbattista