19 avril 2020
II Dimanche de Pâques, année A
Dans le passage de l'Evangile d'aujourd'hui, nous trouvons les disciples enfermés dans le cénacle.
L'évangéliste Jean souligne clairement à deux reprises (Jn 20,19, et 26) que les portes du lieu où se trouvent les disciples sont verrouillées. Dans le verset 19, il a également précisé la raison de cette fermeture : la crainte.
Les disciples ont donc peur, et nous savons que la peur ferme, bloque.
Mais la peur n'est pas la seule raison. Il y a une autre raison : les disciples, en fait, se sont enfermés dans le cénacle parce qu'ils n'attendent personne. Après la mort de Jésus, tout est fini pour eux et il n'y a plus rien à attendre. En quelque sorte, ils sont enfermés dans un tombeau, comme Jésus l'a été quelques jours auparavant.
Là, au contraire, Jésus vient, Jésus entre. Nous avons dit, lors du dimanche des Rameaux, que le style de Dieu est de visiter, d'entrer dans la vie, d'apporter une vie nouvelle. Ainsi, le Ressuscité continue à rendre visite, comme il l'a fait d'innombrables fois avant sa passion et sa mort. Et il vient aussi quand l'homme n'attend plus rien, quand il pense que rien de nouveau ne peut arriver. Là, le Seigneur vient.
Il rend visite à ses disciples, enfermés dans le sépulcre de leurs craintes et rétablit une relation, rouvre une relation qui avait été interrompue. Il le fait, de façon particulière, avec l'apôtre Thomas. On pourrait dire que l'amour du Seigneur pour ses disciples sait se manifester de façon variée, selon le besoin de chacun.
Et comme Thomas était absent lors de sa première venue, et parce qu’il ne parvient pas à croire, Jésus se tourne vers lui.
Regardons avec attention deux aspects de cette rencontre.
Le premier est la place importante du corps : mains, pieds, côté, plaies...
De même qu'avant sa passion, Jésus rencontrait les gens dans le concret de son corps – en touchant et en se laissant toucher, en caressant, en embrassant... –, de même à Thomas, incrédule, Jésus offre son corps à toucher, à voir, à aimer. De même qu’à travers son corps, il guérissait les blessures de la maladie, de même il guérit les blessures de Thomas, son incrédulité.
Le deuxième aspect concerne le fait que Jésus invite Thomas à dépasser l’élément physique.
Après que Jésus a montré ses blessures et a proposé à Thomas de les toucher, on ne nous dit pas quel geste Thomas fait réellement (Jn 20, 27) ; quelques versets plus tôt, lors de la rencontre avec Marie de Magdala, Jésus a demandé de ne pas le retenir, de ne pas l’arrêter pour le toucher (Jn 20, 17).
Dans les deux cas, il s'agit d’une nouvelle façon de « toucher », de vivre la rencontre avec Jésus, différente de celle à laquelle ils étaient habitués avant Pâques. Jésus demande de partir d'une foi renouvelée, capable de ne pas s'arrêter à Son corps crucifié, d'apprendre à toucher le Corps ecclésial et spirituel du Seigneur.
On pourrait dire que cet appel à une relation de foi vise à faire sortir les apôtres de leur sépulcre, de leur coquille, de leurs peurs, de leur désespoir.
Ils vont ainsi être capables à leur tour de visiter, de rejoindre les gens là où ils sont, dans leurs situations, et de faire ce que Jésus a fait avec eux, c'est-à-dire leur ouvrir les yeux sur une nouvelle expérience, laisser entrer un peu de lumière. La première communauté chrétienne est née de cette expérience de rencontre avec le Ressuscité, qui leur a donné l'Esprit et les a envoyés hors du cénacle. Et c'est ainsi que cette petite Église a pu toucher à son tour les meurtrissures des pauvres et des crucifiés de cette époque et de tous les temps, et guérir ainsi tant de personnes souffrant de la solitude, de l'isolement, de la peur.
Cet Évangile, cette année, est plus pertinent que jamais.
Parce que d'une part, nous sommes marqués par l’expérience pesante de ne pas pouvoir nous toucher, nous serrer la main, nous embrasser. D'autre part, nous sommes peut-être appelés à « toucher » d'une manière nouvelle, plus profonde, à partir de cette même expérience du Seigneur qui nous visite dans nos situations de vie, touche nos blessures et nous ouvre à une conscience de nous-mêmes en tant que partie d'un seul Corps.
+Pierbattista
